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À quoi sert un prix scientifique?

La semaine dernière, j’ai déjeuné avec Harold Varmus, directeur du US National Cancer Institute et ami proche. Il était à Toronto pour prononcer une allocution au Gala de remise des prix internationaux de la Gairdner Foundation.

Alan-Bernstein_president-250x353On peut dire que Harold s’y connaît en matière de prix. Il est le récipiendaire du prix le plus prestigieux, le prix Nobel, pour sa découverte, avec J. Michael Bishop, de l’origine cellulaire des oncogènes rétroviraux. Découverte qui a donné lieu à l’explosion actuelle de nouveaux anticancéreux sur le marché.

Il est important de se rappeler que tout cela a commencé non pas en s’attaquant directement au problème du cancer chez l’humain, mais en essayant de comprendre comment le virus du sarcome de Roux (VSR) cause le cancer chez le poulet. (J’ai joué un rôle de figurant dans cette histoire quand j’étais stagiaire postdoctoral aux Imperial Cancer Research Foundation Laboratories, car j’ai obtenu des résultats qui indiquaient que le RSV était bel et bien porteur d’un gène dont la seule fonction était d’induire le cancer chez des cellules infectées par le virus. Cet article primé a été mentionné dans la citation du prix Nobel.)

Pendant le déjeuner, Harold et moi nous sommes demandés si les prix scientifiques étaient une bonne ou une mauvaise chose pour la science. Après tout, personne ne réalise des travaux scientifiques isolément. Décerner des prix seulement à une poignée de scientifiques laisse suggérer que la recherche est une activité solitaire. Mais en fait, la science de pointe de nos jours est la plupart du temps une affaire d’équipe qui requiert la participation de grandes institutions, de l’équipement spécialisé et des équipes de douzaines, voire de centaines de scientifiques.

En 2001, quand la revue Nature a publié la première ébauche du génome humain, l’article a énuméré plus de mille auteurs. L’article qui a annoncé la découverte du boson de Higgs en comptait plus de 3000!

Même les articles qui comptent peu d’auteurs doivent miser sur une masse de découvertes scientifiques passées. Isaac Newton lui-même – certainement l’un des plus grands scientifiques de tous les temps – le confirme par sa célèbre déclaration : « Si j’ai vu plus loin, c’est parce que j’étais monté sur les épaules de géants ». (Par opposition, Erwin Chargaff, biologiste à l’Université Columbia, en réaction à la vague croissante de jeunes biologistes moléculaires turques dans les années 1960, aurait dit : « Il doit être bien tard dans la journée si de si petits hommes peuvent projeter une ombre si longue ».

Néanmoins, je crois que les prix scientifiques ont leur place. D’abord, même si la coopération est essentielle à la science de nos jours, certains scientifiques se démarquent grâce à la qualité de leurs idées et à la valeur de leur travail, et les prix nous permettent de reconnaître cette réalité.

Si je prends l’ICRA comme exemple, il me vient à l’esprit un certain nombre de chercheurs à qui on a récemment décerné des prix bien mérités dans les derniers mois. Michael Meaney (Université McGill), Boursier principal au sein du programme Développement du cerveau et de l’enfant de l’ICRA, a reçu le prix Wilder-Penfield du gouvernement du Québec, juste après avoir reçu le prix de recherche Klaus J. Jacobs. John A. Peacock (Université d’Édimbourg), Associé au sein du programme Cosmologie et gravité de l’ICRA, a reçu le prix Shaw d’astronomie 2014. Andrei Linde (Université Stanford), également Associé au sein du programme Cosmologie et gravité a reçu le prestigieux prix Kavli d’astrophysique. Et Nikolaus Troje (Université Queen’s), Boursier principal au sein du programme Apprentissage automatique, apprentissage biologique (anciennement connu sous le nom ‘Calcul neuronal et perception adaptative révolutionne’), a reçu le prix de recherche Humboldt.

Plus importante encore est la visibilité que procurent les prix à toute l’entreprise de la recherche. C’est un peu le même effet que les prix Giller pour les écrivains qui entraînent la venue d’un tout nouveau lectorat qui autrement n’aurait jamais entendu parler de ces ouvrages. Il en va de même en science où les récits qui sous-tendent les grandes découvertes ou les percées importantes suscitent toujours la fascination, autant des chercheurs que des non-spécialistes. Et bien sûr, tous ces récits sont empreints d’humanité.

De même, les prix scientifiques permettent de rendre hommage aux scientifiques et leur offrent une plateforme pour parler de la science au public. La communauté de la recherche peut ainsi parler des fruits de la recherche, du processus de la recherche et de l’emballement qu’on y ressent, et des aspects humains des grandes percées.

À titre d’exemple, les prix décernés récemment à Michael Meaney ont évidemment une incidence positive sur sa carrière, mais ils ont aussi mené à un certain nombre d’articles portant sur ses recherches dans les nouvelles qui démontrent que les expériences pendant la petite enfance « s’intériorisent » et influencent la santé physique et mentale des enfants et des adultes tout au long de la vie. Ses travaux ont d’importantes répercussions sur les programmes de soutien et les soins offerts aux jeunes, et toutes les occasions pour transmettre le message en valent la chandelle.

Je suis convaincu que les chercheurs de l’ICRA continueront à recevoir les prix qui leur reviennent. Et l’ICRA pourra alors raconter l’histoire de leurs découvertes où se conjuguent dur labeur et trépidation, et surtout comment leurs travaux créeront des connaissances qui nous permettront d’améliorer notre monde.

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