{"id":21512,"date":"2016-06-17T03:39:00","date_gmt":"2016-06-17T07:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/cifar661.wpengine.com\/cifarnews\/2016\/06\/17\/le-secret-de-notre-r-ussite\/"},"modified":"2025-12-18T07:10:34","modified_gmt":"2025-12-18T12:10:34","slug":"le-secret-de-notre-r-ussite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cifar.ca\/fr\/cifarnews\/2016\/06\/17\/le-secret-de-notre-r-ussite\/","title":{"rendered":"Le secret de notre r\u00e9ussite"},"content":{"rendered":"<h3>En 1845, Sir John Franklin s\u2019est mis en route avec deux navires tout \u00e9quip\u00e9s \u00e0 la recherche du passage du Nord-Ouest.<\/h3>\n<p>Trois ans plus tard, prisonniers des glaces de l\u2019Extr\u00eame-Arctique canadien, et incapables de trouver comment se tenir au chaud ou se nourrir, les membres restants de l\u2019exp\u00e9dition de Franklin sont morts de faim. Ils ont p\u00e9ri dans un environnement occup\u00e9 confortablement par les Inuits depuis des g\u00e9n\u00e9rations \u2013 si confortablement, en fait, que les gens de la r\u00e9gion appelaient une baie non loin de l\u00e0 <em>Uqsuqtuuq<\/em> (\u00ab o\u00f9 il y a de la graisse en abondance \u00bb).<\/p>\n<p>Les hommes de Franklin \u00e9taient pour la plupart jeunes et en sant\u00e9, soutenus par les plus r\u00e9centes technologies europ\u00e9ennes, et n\u2019avaient aucun enfant ni personne \u00e2g\u00e9e \u00e0 charge. N\u00e9anmoins, au fil de leur \u00e9preuve qui a dur\u00e9 trois ans, ils n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 apprendre comment survivre. Pourquoi?<\/p>\n<p>Selon Joseph Henrich, il leur manquait quelque chose que poss\u00e9daient les Inuits : tout un ensemble de m\u00e9canismes d\u2019adaptation \u00e0 la vie dans l\u2019Arctique qui avaient connu une \u00e9volution culturelle au fil de milliers d\u2019ann\u00e9es. Les Inuits savaient chasser le phoque, trouver de l\u2019eau douce, b\u00e2tir des igloos, se chauffer avec des lampes \u00e0 l\u2019huile de phoque et accomplir mille autres t\u00e2ches sp\u00e9cialis\u00e9es, bien trop complexes \u00e0 ma\u00eetriser en une seule vie.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de l\u2019exp\u00e9dition de Franklin\u00a0 illustre un fait important sur l\u2019\u00eatre humain et sa r\u00e9ussite en tant qu\u2019esp\u00e8ce. Nous survivons et prosp\u00e9rons non pas gr\u00e2ce \u00e0 notre adaptabilit\u00e9 et \u00e0 notre intelligence individuelles \u2014 qui sont plut\u00f4t sur\u00e9valu\u00e9es \u2014, mais plut\u00f4t gr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9volution culturelle cumulative qui constitue la cl\u00e9 pour comprendre comment l\u2019\u00e9volution a fa\u00e7onn\u00e9 notre anatomie, notre physiologie et notre psychologie au cours des derniers millions d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019immense capacit\u00e9 de notre esp\u00e8ce \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 divers environnements et \u00e0 cr\u00e9er de vastes bagages de savoir-faire s\u2019explique par notre aptitude singuli\u00e8re \u00e0 apprendre des autres, et non pas par notre puissance c\u00e9r\u00e9brale brute \u00bb, soutient Henrich, boursier principal au sein du programme <a href=\"[f669d9a7-009d-4d83-ddaa-000000000002]93bf4153-6fd8-47b4-9ff8-8df19dc95225\">Institutions, organisations et croissance<\/a>\u00a0de l\u2019ICRA et professeur au d\u00e9partement de biologie de l\u2019\u00e9volution humaine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Harvard et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de la Colombie-Britannique.<\/p>\n<p>\u00ab Notre intelligence seule ne raconte pas tout et n\u2019est pas l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important de l\u2019histoire \u00bb, dit-il. Nous avons besoin du savoir culturel. \u00bb Henrich d\u00e9veloppe ces id\u00e9es plus en profondeur dans un nouvel ouvrage, <em>The Secret of Our Success<\/em>, publi\u00e9 en 2015.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cifar.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/reach2016_frankling_portrait.png\" alt=\"Sir John Franklin\" data-displaymode=\"Original\" \/><\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 6.0px Helvetica; color: #ffffff}<\/p>\n<p>Le capitaine Sir John Franklin, \u00e0 gauche, a p\u00e9ri avec 128 officiers et membres d\u2019\u00e9quipage apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait prendre au pi\u00e8ge par la glace au large de l\u2019\u00eele King William.<\/p>\n<h2>Pas aussi fut\u00e9s que nous le croyons<\/h2>\n<p>Joseph Henrich aime souligner que de toutes les comp\u00e9tences mentales, l\u2019apprentissage social est celle o\u00f9 excelle l\u2019\u00eatre humain comparativement aux autres esp\u00e8ces. Des chercheurs ont d\u00e9montr\u00e9 r\u00e9cemment que les chimpanz\u00e9s et les orangs-outangs sont presque aussi bons que des bambins humains dans de nombreuses sph\u00e8res, notamment les \u00e9preuves de raisonnement spatial, l\u2019utilisation d\u2019outils, la compr\u00e9hension de la causalit\u00e9 et l\u2019estimation de quantit\u00e9s. Dans d\u2019autres \u00e9tudes, des chimpanz\u00e9s se comparent favorablement \u2013 m\u00eame avec des humains adultes \u2013 dans des \u00e9preuves de m\u00e9moire fonctionnelle et de vitesse de traitement de l\u2019information, ainsi que sur le plan du raisonnement dans des jeux strat\u00e9giques simples. Mais quand il s\u2019agit de regarder et d\u2019imiter les autres \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019apprentissage social \u2013, les humains font mordre la poussi\u00e8re \u00e0 leurs cousins simiens.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, nous ne sommes pas la seule esp\u00e8ce \u00e0 pratiquer l\u2019apprentissage social. Les chimpanz\u00e9s apprennent les uns des autres, tout comme le font quelques autres esp\u00e8ces, comme l\u2019\u00e9paulard. Mais \u00e0 un moment dans notre \u00e9volution, nos anc\u00eatres sont devenus tellement bons \u00e0 l\u2019apprentissage social que les connaissances culturelles ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019accumuler d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, et tout le processus a fait boule de neige.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a chang\u00e9 la donne de l\u2019\u00e9volution. Soudainement, la capacit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir cette masse croissante de connaissances culturelles est\u00a0 devenue la comp\u00e9tence la plus importante de toutes. L\u2019\u00e9volution favorisait toute adaptation qui am\u00e9liorait l\u2019apprentissage culturel \u2013 comme la tendance inn\u00e9e \u00e0 imiter les autres. En retour, les connaissances culturelles se sont accumul\u00e9es plus rapidement et ce type d\u2019apprentissage est devenu encore plus pr\u00e9cieux \u2013 un cycle d\u2019autorenforcement.<\/p>\n<p>Imiter les bonnes personnes est une m\u00e9thode d\u2019apprentissage efficace. Si vous souhaitez apprendre \u00e0 chasser, faites \u00e9quipe avec un chasseur aguerri. Si vous souhaitez apprendre \u00e0 cuisiner, pr\u00eatez main-forte \u00e0 un chef d\u2019exp\u00e9rience. Des mod\u00e8les qualifi\u00e9s et accomplis d\u00e9gagent une aura de \u00ab prestige \u00bb \u2014 une nouvelle forme de statut, presque r\u00e9serv\u00e9 aux humains, fond\u00e9 sur le savoir et les comp\u00e9tences, plut\u00f4t que sur la force physique brute. Les humains ont \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 imiter instinctivement des personnes prestigieuses (Voil\u00e0 pourquoi les fabricants d\u2019automobiles et les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance versent des millions de dollars \u00e0 de grands athl\u00e8tes pour faire de la publicit\u00e9 pour leurs produits \u2013 nous avons tendance \u00e0 copier ce qu\u2019ils font, m\u00eame \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de leur domaine d\u2019expertise.)<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>Au fil de l\u2019\u00e9volution culturelle, l\u2019environnement de nos anc\u00eatres s\u2019est de plus en plus d\u00e9fini par des adaptations culturelles, comme le feu et les outils. En retour, cela a commenc\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner les adaptations physiques de notre esp\u00e8ce. \u00ab Pendant des centaines de milliers d\u2019ann\u00e9es, il y a eu une sorte de duo, un genre de danse avec notre \u00e9volution g\u00e9n\u00e9tique \u00bb, explique Henrich. On peut comprendre ce que nous sommes seulement en comprenant les pressions que la culture a exerc\u00e9es sur nos g\u00e8nes. \u00bb<\/p>\n<p>Songez \u00e0 notre anatomie. Nos m\u00e2choires et nos dents, par exemple, sont beaucoup plus petites et faibles que celles des chimpanz\u00e9s et des gorilles. Il est presque certain que c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019une de nos adaptations culturelles, la cuisson, qui a fait en sorte que les aliments se m\u00e2chent plus rapidement et facilement. Songez aussi \u00e0 notre marche bip\u00e8de efficace, \u00e0 notre corps imberbe et \u00e0 notre grande quantit\u00e9 de glandes sudoripares. On comprend au mieux ces caract\u00e9ristiques en les voyant comme des m\u00e9canismes d\u2019adaptation visant \u00e0 poursuivre une proie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement dans des climats chauds, une technique qu\u2019utilisent encore de nos jours certains chasseurs-cueilleurs. Mais cette strat\u00e9gie de chasse ne fonctionne que si les chasseurs savent comment poursuivre les animaux individuels sur de longues distances et transporter ou trouver de l\u2019eau en chemin \u2013 un cas \u00e9vident o\u00f9 les adaptations culturelles influencent les caract\u00e9ristiques physiques.<\/p>\n<h2>Tabous utiles<\/h2>\n<p>Avec le temps, les pratiques culturelles qui favorisent la survie des gens sont largement adopt\u00e9es, m\u00eame si leur raison d\u2019\u00eatre n\u2019est peut-\u00eatre pas \u00e9vidente. \u00c0 Fiji, par exemple, o\u00f9 Henrich a r\u00e9alis\u00e9 des travaux de terrain, des tabous emp\u00eachent les femmes enceintes et qui allaitent de manger certains types de poissons de r\u00e9cif. Les femmes ne savent pas pourquoi, c\u2019est simplement tabou. Henrich et son \u00e9pouse, Natalie, ont plus tard d\u00e9couvert que le tabou visait pr\u00e9cis\u00e9ment une esp\u00e8ce de poisson qui pr\u00e9sente le plus grand risque de transmettre la toxine ciguatera, qui peut \u00eatre dommageable pour le foetus et le nourrisson.<\/p>\n<p>Dans un m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, des cultures en Amazonie transforment la racine de manioc, un aliment de base, en ayant recours \u00e0 un processus \u00e9labor\u00e9. Celle-ci est d\u2019abord gratt\u00e9e, racl\u00e9e,\u00a0tremp\u00e9e et port\u00e9e \u00e0 \u00e9bullition. Ensuite, il faut la laisser reposer pendant deux jours avant de la consommer. Toutes ces \u00e9tapes sont essentielles pour emp\u00eacher tout empoisonnement d\u00e9coulant de la concentration \u00e9lev\u00e9e de cyanure dans les racines non transform\u00e9es. Toutefois, pour les gens de la r\u00e9gion, il s\u2019agit tout simplement d\u2019une pratique courante ancestrale. Il y a eu peu d\u2019empoisonnements au cyanure, car tout le monde respecte la pratique culturelle. En fait, affirme Henrich, la culture ellem\u00eame est plus fut\u00e9e que ses membres.<\/p>\n<p>Il en va de m\u00eame, \u00e9videmment, dans nos propres cultures et pratiques. \u00c0 titre d\u2019exemple, prenons notre grande pr\u00e9f\u00e9rence pour le mariage monogame. La plupart d\u2019entre nous acceptent cette norme, mais ne peuvent l\u2019expliquer, \u00e0 part pour dire : \u00ab C\u2019est comme \u00e7a. \u00bb Mais en fait, l\u2019explication va plus loin. \u00ab \u00c0 l\u2019analyse de la monogamie normative, on se rend\u00a0 compte que cette norme a une valeur fonctionnelle \u00bb, poursuit Henrich. La monogamie favorise l\u2019harmonie sociale en offrant un compagnon \u00e0 la plupart des adultes des deux sexes et cela a peut-\u00eatre contribu\u00e9 \u00e0 la survie de notre ensemble de normes sociales au fil de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<h2><img decoding=\"async\" title=\"Reach2016_Franklin-Tree\" src=\"https:\/\/cifar.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/reach2016_franklin-tree.png\" alt=\"Tasmania\" data-displaymode=\"Original\" \/><\/h2>\n<p>Repr\u00e9sentation d\u2019un insulaire tasmanien en 1879. Les Tasmaniens ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s du continent et ont graduellement perdu des comp\u00e9tences acquises, comme la capacit\u00e9 de faire du feu et de confectionner des v\u00eatements ajust\u00e9s.<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 19.0px Helvetica; color: #f55944}<\/p>\n<h2>Du g\u00e9nie \u00e0 l\u2019Amazonie<\/h2>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>De telles diff\u00e9rences culturelles, qui ont \u00e9volu\u00e9 au fil du temps au sein de certaines cultures, ont men\u00e9 Henrich \u00e0 se tourner vers ce domaine d\u2019\u00e9tude. Il a d\u2019abord fait une formation en g\u00e9nie a\u00e9rospatial, mais son int\u00e9r\u00eat pour l\u2019anthropologie l\u2019a incit\u00e9 \u00e0 retourner aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures et \u00e0 faire du travail de terrain aupr\u00e8s de la tribu des Matsigenka, en Amazonie p\u00e9ruvienne. Il a alors \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 de voir \u00e0 quel point les Matsigenka \u00e9taient r\u00e9ticents \u00e0 collaborer pour le bien commun \u00e0 diverses t\u00e2ches, comme la coupe d\u2019herbes. Il a commenc\u00e9 \u00e0 se demander si cela refl\u00e9tait un ensemble diff\u00e9rent de normes sociales acquises. Pour mettre cette id\u00e9e \u00e0 l\u2019essai, il leur a demand\u00e9 de jouer au jeu de l\u2019ultimatum, un des outils favoris des \u00e9conomistes.<\/p>\n<p>Dans ce jeu, un joueur re\u00e7oit une somme d\u2019argent qu\u2019il doit s\u00e9parer avec un deuxi\u00e8me joueur. Si le deuxi\u00e8me joueur accepte la somme qu\u2019on lui remet, ils peuvent tous deux garder leur part; si le deuxi\u00e8me joueur refuse, les deux joueurs n\u2019ont rien. Sur le plan rationnel, le deuxi\u00e8me joueur devrait accepter n\u2019importe quelle offre, car m\u00eame un petit montant est mieux que rien. Mais les gens de soci\u00e9t\u00e9s occidentales refusent presque tous une somme qui ne s\u2019approche pas d\u2019un partage moiti\u00e9 moiti\u00e9. Cela refl\u00e8te notre id\u00e9e soci\u00e9tale d\u2019\u00e9quit\u00e9. Par opposition, tous les Matsigenka ont accept\u00e9 l\u2019offre, m\u00eame s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une toute petite somme. Ils avaient appris un ensemble diff\u00e9rent de normes et n\u2019\u00e9taient donc pas programm\u00e9s, sur le plan culturel, \u00e0 s\u2019attendre \u00e0 un partage \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9sultats ont amen\u00e9 Henrich \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. En Am\u00e9rique du Nord, il avait pris une ann\u00e9e de cong\u00e9 pendant ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures pour faire des lectures en anthropologie, et aussi en \u00e9conomie, en sociologie, en psychologie et en biologie de l\u2019\u00e9volution.<\/p>\n<p>\u00ab Depuis le d\u00e9but, j\u2019ai adopt\u00e9 une approche interdisciplinaire, car je voulais arriver \u00e0 expliquer le processus d\u00e9cisionnel \u00e9conomique de ces gens au P\u00e9rou \u00bb, se rappelle-t-il. Il a aussi mis \u00e0 profit sa formation en g\u00e9nie a\u00e9rospatial pour arriver \u00e0 comprendre les math\u00e9matiques sophistiqu\u00e9es de l\u2019\u00e9volution, de la g\u00e9n\u00e9tique et de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 culturelle. Il a trouv\u00e9 un riche filon \u00e0 l\u2019intersection de tous ces domaines et cela fait maintenant pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies qu\u2019il d\u00e9veloppe ses id\u00e9es, ayant souvent recours \u00e0 des jeux \u00e9conomiques pour comparer les normes sociales entre les soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Les travaux de Henrich sont en parfaite ad\u00e9quation avec le programme Institutions, organisations et croissance de l\u2019ICRA qui vise \u00e0 comprendre pourquoi certaines soci\u00e9t\u00e9s s\u2019\u00e9panouissent plus que d\u2019autres.<\/p>\n<p>\u00ab Il nous faut des gens comme Joe dans notre domaine \u00bb, dit Torsten Persson, directeur du programme et \u00e9conomiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Stockholm. Dans notre qu\u00eate d\u2019une meilleure compr\u00e9hension des soci\u00e9t\u00e9s, une perspective pluridisciplinaire enrichit nos discussions. \u00bb En particulier, Persson souligne l\u2019analyse comparative des jeux \u00e9conomiques entre soci\u00e9t\u00e9s diff\u00e9rentes r\u00e9alis\u00e9e par Henrich : \u00ab Voil\u00e0 un bon exemple de la fa\u00e7on dont des contextes diff\u00e9rents produisent des comportements diff\u00e9rents. Et cela souligne l\u2019importance du contexte culturel. \u00bb<\/p>\n<h2>Le cerveau collectif<\/h2>\n<p>Essentiellement, Henrich estime qu\u2019il vaut mieux avoir un comportement social que d\u2019\u00eatre fut\u00e9 : le plus gros de nos connaissances nous vient des autres, non pas du fait de comprendre les choses par nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>\u00ab Nous d\u00e9pendons d\u2019un cerveau collectif \u00bb, dit-il. Plus une population est grande et en interrelation, plus de technologies elle peut produire. \u00bb L\u2019isolement m\u00e8ne \u00e0 la pauvret\u00e9 culturelle et technologique, comme l\u2019illustre dramatiquement le sort des Aborig\u00e8nes de Tasmanie. Comme l\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de la mer les a isol\u00e9s du continent, leurs connaissances sur les outils en os, les pointes de lance en pierre, la p\u00eache, les v\u00eatements ajust\u00e9s et presque tout le reste ont graduellement disparu, et ils se sont retrouv\u00e9s avec la trousse \u00e0 outils la plus simple qui soit parmi les \u00eatres humains modernes.<\/p>\n<p>Si on remonte encore plus loin dans le temps peut-\u00eatre est-ce l\u2019isolement qui a men\u00e9 \u00e0 la disparition des N\u00e9andertaliens. D\u2019apr\u00e8s la taille de leur cerveau, ceux-ci \u00e9taient probablement un peu plus intelligents que nous, \u00e0 tout le moins en ce qui concerne la puissance de traitement brute.<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>Mais ils vivaient en Europe, \u00e0 l\u2019\u00e8re glaciaire, dans de petits groupes tr\u00e8s dispers\u00e9s. Henrich formule l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il leur manquait probablement la puissance c\u00e9r\u00e9brale collective qui a permis \u00e0 nos anc\u00eatres africains plus gr\u00e9gaires de d\u00e9velopper au fil de l\u2019\u00e9volution un meilleur bagage culturel.<\/p>\n<p>Les \u00eatres humains modernes ont maintenu leurs liens, et leurs technologies et leurs g\u00e8nes ont continu\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer de concert. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e8re actuelle o\u00f9 nous interagissons plus rapidement avec plus de gens et d\u2019id\u00e9es que ce qu\u2019auraient pu imaginer nos anc\u00eatres pr\u00e9historiques. Et c\u2019est une bonne chose, car cela permet \u00e0 notre cerveau collectif d\u2019\u00eatre expos\u00e9 \u00e0 une plus grande masse d\u2019id\u00e9es et de fa\u00e7ons de faire. \u00ab Si on choisit le cerveau collectif \u00bb, dit Henrich, l\u2019infusion de nouvelles id\u00e9es ouvre alors la voie \u00e0 de grands avantages. \u00bb<\/p>\n<p>En outre, selon lui, nous continuons probablement \u00e0 changer. L\u2019interaction entre la technologie et nos g\u00e8nes se poursuivra, mais nous ne pouvons pas n\u00e9cessairement pr\u00e9dire comment. La cuisson a facilit\u00e9 notre acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9nergie que renferment les aliments et a r\u00e9duit la taille de notre estomac et de nos dents. Il est difficile de dire comment les perc\u00e9es sur le plan des technologies des communications agiront sur notre cerveau et notre corps, mais il semble probable que ces changements ne sont pas encore termin\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab Les g\u00e8nes et la culture \u00e9voluent ensemble \u00bb, affirme Henrich. Depuis toujours, la culture d\u00e9termine l\u2019\u00e9volution. On devrait s\u2019attendre \u00e0 ce que cela se poursuive. \u00bb<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 19.0px Helvetica; color: #f55944}<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 19.0px Helvetica; color: #f55944}<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n<p>p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 9.5px Times}<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1845, Sir John Franklin s\u2019est mis en route avec deux navires tout \u00e9quip\u00e9s \u00e0 la recherche du passage du Nord-Ouest. 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