{"id":21594,"date":"2017-06-08T11:49:00","date_gmt":"2017-06-08T15:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/cifar661.wpengine.com\/cifarnews\/2017\/06\/08\/nos-inseparables-microbes\/"},"modified":"2025-12-18T07:01:48","modified_gmt":"2025-12-18T12:01:48","slug":"nos-inseparables-microbes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cifar.ca\/fr\/cifarnews\/2017\/06\/08\/nos-inseparables-microbes\/","title":{"rendered":"Nos ins\u00e9parables microbes"},"content":{"rendered":"<p>Illustrations de Jeannie Phan<\/p>\n<p>Le programme Microbiome humain de l\u2019ICRA vise \u00e0 \u00e9claircir comment la vie microbienne qui nous habite influence la sant\u00e9, le d\u00e9veloppement et m\u00eame l\u2019\u00e9volution. Il se trouve que le microbiome peut nous r\u00e9v\u00e9ler bien des choses sur l\u00e0 o\u00f9 nous sommes all\u00e9s \u2013 et l\u00e0 o\u00f9 nous irons.<\/p>\n<p>Les microorganismes sont pratiquement omnipr\u00e9sents : ils occupent le m\u00eame espace que nous, ils nous colonisent la peau, la bouche et l\u2019intestin. Si on entre en contact avec un microorganisme pathog\u00e8ne, comme la bact\u00e9rie Vibro cholerae dans l\u2019eau ou des aliments contamin\u00e9s, on peut tomber malade. Mais la plupart du temps, nous vivons en harmonie avec cette horde de microorganismes et n\u2019en subissons aucun effet ind\u00e9sirable.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 tout r\u00e9cemment, la science avait n\u00e9glig\u00e9 le microbiome humain \u2013 l\u2019ensemble des bact\u00e9ries, virus et moisissures qui colonisent l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur de notre corps. On s\u2019y int\u00e9ressait seulement en cas d\u2019infection. Mais de plus en plus de recherches sugg\u00e8rent que le microbiome a une influence consid\u00e9rable sur de nombreux aspects de la sant\u00e9 d\u2019une personne, qu\u2019il s\u2019agisse, entre autres, d\u2019allergies, de troubles neurologiques ou du sain d\u00e9veloppement de l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Les boursiers de l\u2019ICRA au sein du programme <a href=\"[f669d9a7-009d-4d83-ddaa-000000000002]a6d4a7fe-a854-47f2-aa22-4684834f25a0\">Microbiome huma<\/a>i<a href=\"[f669d9a7-009d-4d83-ddaa-000000000002]a6d4a7fe-a854-47f2-aa22-4684834f25a0\">n<\/a>\u00a0examinent tout un \u00e9ventail de questions sur le microbiome, notamment : \u00e9volution du microbiome en fonction de la g\u00e9ographie, de l\u2019ethnicit\u00e9 et du passage des g\u00e9n\u00e9rations; co\u00e9volution du microbiome avec les humains pour nous aider \u00e0 nous ajuster \u00e0 un approvisionnement alimentaire en changement et \u00e0 de nouvelles maladies; le r\u00f4le \u00e9ventuel du microbiome dans la d\u00e9termination du comportement humain et des pratiques culturelles. Il se trouve que le microbiome peut nous r\u00e9v\u00e9ler bien des choses sur l\u00e0 o\u00f9 nous sommes all\u00e9s \u2013 et l\u00e0 o\u00f9 nous irons. En fait, la relation collaborative et symbiotique entre l\u2019h\u00f4te humain et le microbiome est si \u00e9troite que certains ont sugg\u00e9r\u00e9 que les humains ne sont pas des individus, mais des \u00ab holobiontes \u00bb \u2014 des cr\u00e9atures ins\u00e9parables de leurs microorganismes et de leur environnement.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cifar.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/reach2017_microbesourselves_2.png\" alt=\"Reach2017_MicrobesOurselves_2\" data-displaymode=\"Original\" \/><\/p>\n<h2>Naissance d\u2019un programme<\/h2>\n<p>Brett Finlay, microbiologiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de la Colombie-Britannique, trouvait depuis longtemps que de nombreuses questions sur le microbiome \u00e9taient pass\u00e9es sous silence. Il \u00e9tait convaincu que le microbiome intestinal influen\u00e7ait le d\u00e9veloppement f\u0153tal. Il s\u2019\u00e9tait aussi demand\u00e9 comment des pratiques qui modifient le microbiome, comme le recours r\u00e9gulier \u00e0 l\u2019antibioth\u00e9rapie et \u00e0 la c\u00e9sarienne, pouvaient influencer une population ou une soci\u00e9t\u00e9. Les microbiotes, qui r\u00e9agissent rapidement aux changements environnementaux, ont-ils contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00eatre humain?<\/p>\n<p>\u00ab Quand on parle de l\u2019\u00e9volution humaine, personne n\u2019utilise le mot \u201cmicroorganisme\u201d \u00bb, dit Finlay. \u00ab N\u00e9anmoins, nous savons que d\u00e8s que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 cuire nos aliments, nous avons chang\u00e9 nos microorganismes, et cela aurait peut-\u00eatre influenc\u00e9 notre \u00e9volution. \u00bb Finlay a parl\u00e9 de ces questions sur le d\u00e9veloppement humain avec Janet Rossant, biologiste du d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019H\u00f4pital pour enfants malades de Toronto. Mais les deux chercheurs ne semblaient jamais avoir le temps de faire avancer leur projet.<\/p>\n<p>\u00ab Quand on parle de l\u2019\u00e9volution humaine, personne n\u2019utilise le mot \u201cmicroorganisme\u201d. N\u00e9anmoins, nous savons que d\u00e8s que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 cuire nos aliments, nous avons chang\u00e9 nos microorganismes, et cela aurait peut-\u00eatre influenc\u00e9 notre \u00e9volution. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est alors que l\u2019ICRA, en 2013, a lanc\u00e9 un appel mondial \u00e0 propositions et Finlay et Rossant ont saut\u00e9 sur l\u2019occasion. Apr\u00e8s une s\u00e9rie de r\u00e9unions et de discussions, ils ont cr\u00e9\u00e9 une vaste \u00e9quipe transdisciplinaire compos\u00e9e de microbiologistes, de g\u00e9n\u00e9ticiens, de biologistes du d\u00e9veloppement et de l\u2019\u00e9volution, et d\u2019anthropologues du monde entier. L\u2019objectif : r\u00e9unir des donn\u00e9es que des collaborations traditionnelles ne pourraient habituellement pas r\u00e9unir.<\/p>\n<p>\u00ab De par le monde, il y a beaucoup de centres de recherche sur le microbiome qui examinent l\u2019effet du r\u00e9gime alimentaire sur l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 ou l\u2019autisme, mais personne d\u2019autre n\u2019\u00e9largit les recherches pour inclure l\u2019anthropologie, le d\u00e9veloppement et l\u2019\u00e9volution \u00bb, dit Finlay.<\/p>\n<p>Rossant, codirectrice du programme Microbiome humain avec Finlay, explique qu\u2019elle donne l\u2019occasion aux membres de l\u2019\u00e9quipe d\u2019examiner des communaut\u00e9s partout sur la plan\u00e8te relativement \u00e0 leur relation avec le microbiome. \u00ab Comment cela influence-t-il leur sant\u00e9 et leur \u00e9volution soci\u00e9tale? Pouvons-nous arriver \u00e0 comprendre comment les choses ont chang\u00e9 au fil du temps et comment cela influence la sant\u00e9 humaine aujourd\u2019hui? \u00bb<\/p>\n<h2>Travail naus\u00e9abond<\/h2>\n<p>Chaque humain adulte coexiste avec des trillions de microorganismes, un processus qui commencerait m\u00eame avant la naissance, croit-on maintenant. Quand un b\u00e9b\u00e9 traverse le canal g\u00e9nital, il recueille d\u2019autres cultures bact\u00e9riennes de sa m\u00e8re qui vont plus tard coloniser son intestin. Les b\u00e9b\u00e9s n\u00e9s par c\u00e9sarienne rencontrent des microorganismes cutan\u00e9s plut\u00f4t que vaginaux, leur conf\u00e9rant une composition microbienne diff\u00e9rente \u00e0 la naissance. Dans les semaines et les ann\u00e9es qui suivent, le microbiome du nourrisson \u00e9volue et se diversifie en recueillant de nouveaux microorganismes par l\u2019entremise de l\u2019allaitement, des c\u00e2lins des grands-parents ou des bisous mouill\u00e9s du chien de la famille.<\/p>\n<p>La plupart de ces microorganismes vivent dans l\u2019intestin, particuli\u00e8rement dans le gros intestin, et pendant des ann\u00e9es les scientifiques ne s\u2019en sont gu\u00e8re souci\u00e9s. \u00ab Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, nous avons per\u00e7u le microbiote intestinal comme un d\u00e9potoir \u00bb, dit Eran Elinav, Boursier principal de l\u2019ICRA et immunologiste \u00e0 l\u2019Institut des sciences Weizmann, en Isra\u00ebl. \u00ab Plusieurs d\u2019entre nous pensaient que ces microorganismes ne faisaient rien d\u2019important. \u00bb<\/p>\n<p>De plus, l\u2019\u00e9tude des bact\u00e9ries intestinales \u00e9tait un exercice particuli\u00e8rement ardu. Non seulement \u00e9tait-ce un boulot naus\u00e9abond, mais les scientifiques trouvaient que la plupart des esp\u00e8ces \u00e9taient difficiles \u00e0 cultiver. Il \u00e9tait impossible de les isoler en laboratoire, car il \u00e9tait difficile d\u2019identifier \u2013 et ensuite de recr\u00e9er \u2013 les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 leur survie.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cifar.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/reach2017_microbesourselves_3.png\" alt=\"Reach2017_MicrobesOurselves_3\" data-displaymode=\"Original\" \/><\/p>\n<p>Des perc\u00e9es consid\u00e9rables en biologie mol\u00e9culaire et dans des technologies connexes ont chang\u00e9 la donne. Le s\u00e9quen\u00e7age de l\u2019ADN permet maintenant aux scientifiques d\u2019analyser d\u2019\u00e9normes quantit\u00e9s de mat\u00e9riel g\u00e9n\u00e9tique pour identifier des microorganismes et lire leur g\u00e9nome. Maintenant que nous commen\u00e7ons \u00e0 comprendre la nature des mol\u00e9cules produites par les microorganismes, nous pouvons examiner plus \u00e0 fond leur r\u00f4le sur le plan de la sant\u00e9 et de la maladie chez l\u2019humain. En plus de fabriquer un certain nombre de vitamines essentielles \u00e0 notre survie, on consid\u00e8re que les microorganismes sont n\u00e9cessaires \u00e0 un d\u00e9veloppement normal. Ces microorganismes aident le nourrisson, l\u2019enfant et l\u2019adulte \u00e0 assimiler les nutriments, \u00e0 g\u00e9rer le m\u00e9tabolisme et \u00e0 se prot\u00e9ger des pathog\u00e8nes.<\/p>\n<p>\u00ab On ne fait que commencer \u00e0 comprendre qu\u2019en \u00e9liminant des microorganismes, notre corps ne fonctionne plus normalement. \u00bb<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, les gens livrent une guerre contre les microorganismes pour tenter d\u2019\u00e9liminer de notre corps les bact\u00e9ries n\u00e9fastes qui pourraient causer une infection. Les vaccins ont \u00e9radiqu\u00e9 la variole; l\u2019assainissement et le traitement des eaux ont d\u00e9cim\u00e9 le chol\u00e9ra dans bien des r\u00e9gions du globe; et les antibiotiques traitent maintenant des maladies infantiles autrefois mortelles, comme la scarlatine.<\/p>\n<p>\u00ab Les r\u00e9sultats sont fantastiques \u00bb, dit Finlay. Il y a cent ans, 30 pour cent des enfants mourraient d\u2019une infection; aujourd\u2019hui, c\u2019est moins de 0,1 pour cent. L\u2019esp\u00e9rance de vie de l\u2019Am\u00e9ricain moyen a doubl\u00e9 dans les 150 derni\u00e8res ann\u00e9es, passant de 40 \u00e0 80 ans. \u00ab Mais on s\u2019est dit que propre c\u2019est bien et qu\u2019encore plus propre c\u2019est mieux \u00bb, ajoute-t-il. \u00ab On ne fait que commencer \u00e0 comprendre qu\u2019en \u00e9liminant des microorganismes, notre corps ne fonctionne plus normalement. \u00bb<\/p>\n<p>Pendant la m\u00eame p\u00e9riode, il y a eu une augmentation constante de troubles, comme l\u2019asthme, le diab\u00e8te, la maladie inflammatoire intestinale, l\u2019autisme, le TDAH, la d\u00e9pression, le stress et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 \u2013 et la liste se poursuit. \u00ab Quand on examine les maladies du monde occidental, il y a presque \u00e0 tout coup un lien microbien \u00bb, dit Finlay.<\/p>\n<p>L\u2019asthme est l\u2019exemple par excellence. Au Canada, le nombre d\u2019enfants asthmatiques a quadrupl\u00e9 dans les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. La vie urbaine, l\u2019antibioth\u00e9rapie t\u00f4t dans la vie, la c\u00e9sarienne et le lait maternis\u00e9 ont tous \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 l\u2019asthme, et tout cela sugg\u00e8re qu\u2019il y a un lien important entre l\u2019asthme et des changements dans les microorganismes intestinaux.<\/p>\n<p>Finlay et ses coll\u00e8gues se sont mis \u00e0 la recherche de bact\u00e9ries qui auraient peut-\u00eatre influenc\u00e9 le taux croissant d\u2019asthme. Ils ont analys\u00e9 des \u00e9chantillons f\u00e9caux de plus de 300 nourrissons canadiens et d\u00e9couvert que les nourrissons de trois mois qui pr\u00e9sentaient un taux faible ou ind\u00e9celable de quatre bact\u00e9ries \u2014 Faecalibacterium , Lachnospira , Veillonella et Rothia \u2013 \u00e9taient beaucoup plus susceptibles d\u2019avoir une respiration sifflante ou de souffrir d\u2019allergies cutan\u00e9es d\u2019ici \u00e0 leur premier anniversaire. Une respiration sifflante et les allergies cutan\u00e9es sont des signes pr\u00e9coces d\u2019asthme.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe est all\u00e9e plus loin. Ils ont cultiv\u00e9 le microbiome de b\u00e9b\u00e9s qui plus tard deviendraient asthmatiques et ont infect\u00e9 un groupe de souris ax\u00e9niques avec le m\u00e9lange. On a ensuite administr\u00e9 les quatre bact\u00e9ries protectrices \u00e0 certaines des souris. Celles qui ont re\u00e7u les bact\u00e9ries n\u2019ont pas eu d\u2019inflammation pulmonaire; les autres, oui.<\/p>\n<p>\u00ab Mais nous ne disposons pas encore des connaissances n\u00e9cessaires pour dire, \u201cIl manque ces trois microorganismes \u00e0 votre b\u00e9b\u00e9. Donnez-lui ce probiotique\u201d, ou pour renouveler ces microorganismes apr\u00e8s une ronde d\u2019antibiotiques. Mais petit \u00e0 petit cela deviendra la norme \u00bb, explique Finlay.<\/p>\n<h2>R\u00e9gimes yo-yo<\/h2>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019ob\u00e9sit\u00e9 est une autre maladie du monde d\u00e9velopp\u00e9 qui entretient des liens avec les microorganismes. Elinav, m\u00e9decin et titulaire d\u2019un doctorat, \u00e9tudie les interactions entre l\u2019h\u00f4te et le microbiome, et s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 r\u00e9currente. De nombreuses personnes qui ont une surcharge pond\u00e9rale r\u00e9ussissent \u00e0 perdre du poids \u00e0 court terme, mais reprennent les kilos perdus en l\u2019espace d\u2019un an et reproduisent le cycle. \u00ab Pr\u00e8s de 80 pour cent de la population mondiale en surpoids souffre de ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Elinav a d\u00e9couvert que le microbiote intestinal peut \u00eatre le moteur de ces r\u00e9gimes yo-yo. Dans une \u00e9tude r\u00e9cente, publi\u00e9e dans Nature, des souris ob\u00e8ses sont pass\u00e9es d\u2019un r\u00e9gime alimentaire riche en gras \u00e0 un r\u00e9gime plus \u00e9quilibr\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce que leur poids et d\u2019autres facteurs m\u00e9taboliques, comme la glyc\u00e9mie, se normalisent. Mais les bact\u00e9ries intestinales ne sont pas retourn\u00e9es \u00e0 la normale. Et \u00e0 l\u2019instar de tous les humains qui font des r\u00e9gimes yo-yo, quand les souris anciennement ob\u00e8ses ont eu de nouveau acc\u00e8s \u00e0 des aliments riches en gras, elles ont pris du poids plus rapidement que les souris devenues ob\u00e8ses pour la premi\u00e8re fois. Apr\u00e8s le r\u00e9gime, quand on a donn\u00e9 aux souris des bact\u00e9ries provenant de souris qui n\u2019\u00e9taient pas ob\u00e8ses, on a pu pr\u00e9venir leur ob\u00e9sit\u00e9 exag\u00e9r\u00e9e associ\u00e9e au r\u00e9gime yo-yo.<\/p>\n<p>\u00ab Nos r\u00e9sultats sugg\u00e8rent qu\u2019un r\u00e9gime efficace ne normalise pas le microbiome intestinal \u00bb, dit Elinav. \u00ab Il garde en m\u00e9moire vos \u00e9pisodes pass\u00e9s d\u2019ob\u00e9sit\u00e9 et vous fait prendre plus de poids la fois suivante. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous disposons maintenant de certains r\u00e9sultats qui d\u00e9montrent que le microbiome de la m\u00e8re est n\u00e9cessaire au bon d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral du f\u0153tus. \u00bb<\/p>\n<p>Un ensemble croissant de recherches, principalement des \u00e9tudes animales, sugg\u00e8re que le microbiote intestinal influence aussi le d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral et le comportement. Les chercheurs commencent \u00e0 d\u00e9couvrir que les microorganismes intestinaux peuvent influencer le cerveau par l\u2019entremise d\u2019hormones, de m\u00e9tabolites et d\u2019autres mol\u00e9cules qu\u2019ils produisent. Certaines \u00e9tudes chez la souris ont d\u00e9couvert que le microbiote intestinal peut d\u00e9terminer le comportement d\u2019un animal, par exemple, en accentuant son anxi\u00e9t\u00e9 et son comportement aventureux, ou en att\u00e9nuant sa sociabilit\u00e9. Qu\u2019en est-il des interactions entre le microbiome intestinal maternel et le f\u0153tus?<\/p>\n<p>Les scientifiques savent que des facteurs g\u00e9n\u00e9tiques et environnementaux contribuent au d\u00e9veloppement de troubles neurologiques, comme l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, la d\u00e9pression, l\u2019autisme et la schizophr\u00e9nie. Des signaux de microbiotes maternels pourraient-ils traverser le placenta et influencer le d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral?<\/p>\n<p>Dans des \u00e9tudes non publi\u00e9es, le laboratoire de Rossant a cern\u00e9 des changements c\u00e9r\u00e9braux chez des souris dont la m\u00e8re n\u2019avait pas de microbiote intestinal. Le r\u00e9tablissement du microbiote intestinal chez les souriceaux pouvait renverser certains des changements, mais pas tous. \u00ab Nous disposons maintenant de certains r\u00e9sultats qui d\u00e9montrent que le microbiome de la m\u00e8re est n\u00e9cessaire au bon d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral du f\u0153tus \u00bb, dit Rossant.<\/p>\n<p>\u00ab Il s\u2019agit de r\u00e9sultats tr\u00e8s pr\u00e9liminaires et nous avons encore beaucoup de pain sur la planche. Mais c\u2019est important \u00bb, dit-elle, \u00ab car cela sugg\u00e8re que quand on se demande si un b\u00e9b\u00e9 se d\u00e9veloppe bien, il faudra garantir que le b\u00e9b\u00e9 soit expos\u00e9 aux bons microbes [\u00e0 la naissance] et que le microbiome de la m\u00e8re soit aussi en bonne sant\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s deux ans de travail seulement, ces ambitieux projets collaboratifs sont en train d\u2019aboutir. Sans des rencontres intensives de plusieurs jours du programme Microbiome humain de l\u2019ICRA, ces collaborations de recherche auraient avanc\u00e9 beaucoup plus lentement, ou pas du tout.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cifar.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/reach2017_microbesourselves_4.png\" alt=\"Reach2017_MicrobesOurselves_4\" data-displaymode=\"Original\" \/><\/p>\n<h2>Microbiome colonial<\/h2>\n<p>C\u2019\u00e9tait un grand jour pour le Boursier principal Hendrik Poinar quand le premier ensemble de restes humains du S\u00e9n\u00e9gal a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 \u00e0 son laboratoire. Poinar, biologiste de l\u2019\u00e9volution \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 McMaster, est reconnu pour son expertise dans l\u2019extraction d\u2019ADN ancien d\u2019\u00e9chantillons difficiles. En collaboration avec une \u00e9quipe de chercheurs, dont Ibrahima Thiaw (Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop, Dakar), il examinera le tartre dentaire de gens qui ont v\u00e9cu en Afrique occidentale \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1800 et \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 pour voir si le microbiome buccal a chang\u00e9 pendant le r\u00e8gne colonial.<\/p>\n<p>Pour commencer, il faut savoir quels sont les microorganismes pr\u00e9sents avant la colonisation. Ensuite, il faut comprendre comment cela s\u2019ins\u00e8re dans le contexte historique. L\u2019\u00e9quipe de recherche compte deux autres membres : Fr\u00e9d\u00e9ric Keck (Mus\u00e9e du quai Branly, Paris), Boursier de l\u2019ICRA, et Tamara Giles-Vernick (Institut Pasteur, Paris), Boursi\u00e8re principale de l\u2019ICRA, tous deux anthropologues sociaux. Ils vont interpr\u00e9ter les analyses biologiques en examinant les changements qui se produisent dans une soci\u00e9t\u00e9 lors de sa colonisation.<\/p>\n<p>\u00ab Chacun d\u2019entre nous examine les bact\u00e9ries et les microbiomes d\u2019une perspective bien diff\u00e9rente \u00bb, dit Poinar. \u00ab Et c\u2019est au carrefour des disciplines, quand les gens se r\u00e9unissent, que se joue la science la plus rigoureuse et la plus int\u00e9ressante. \u00bb<\/p>\n<p>Le travail est exigeant. Au fil du temps, les microorganismes buccaux sont pi\u00e9g\u00e9s dans les minces couches min\u00e9rales microscopiques du tartre dentaire et s\u2019accumulent ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e pendant la vie adulte. Poinar et ses coll\u00e8gues ont recours \u00e0 un vaste \u00e9ventail de techniques, y compris des lasers pour ablater les couches min\u00e9rales et la microscopie pour identifier les \u00ab cellules fant\u00f4mes \u00bb qui renferment l\u2019ADN microbien. \u00ab Obtenir les bact\u00e9ries n\u2019est pas si difficile, et le s\u00e9quen\u00e7age de l\u2019ADN n\u2019est pas si difficile non plus, mais ces couches sont nanom\u00e9triques, microm\u00e9triques. Ce type de dissection est vraiment difficile et extraire l\u2019ADN l\u2019est encore plus \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Les grandes transitions \u00e9pid\u00e9miologiques, comme les changements relatifs \u00e0 la production agricole, la consommation de nourriture, les modes de migration, l\u2019urbanisation et les soins m\u00e9dicaux qu\u2019a apport\u00e9s la colonisation, ont probablement eu une influence sur le microbiome des gens d\u2019Afrique occidentale de l\u2019\u00e9poque. Ces changements ont peut-\u00eatre eu pour effet d\u2019accro\u00eetre leur sensibilit\u00e9 \u00e0 la malnutrition et \u00e0 la maladie, car ils ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de mettre de c\u00f4t\u00e9 leur r\u00e9gime alimentaire traditionnel.<\/p>\n<p>\u00ab Nous pouvons examiner tous ces \u00e9l\u00e9ments en laboratoire, mais \u00e0 moins d\u2019arriver \u00e0 comprendre ce que les gens font et pourquoi ils le font, tout cela ne veut rien dire \u00bb, dit Giles-Vernick. \u00ab Les sp\u00e9cialistes des sciences sociales ne s\u00e9parent pas l\u2019environnement des \u00eatres humains, ils les voient plut\u00f4t en interrelation, comme faisant partie int\u00e9grante de toutes les choses vivantes et non vivantes autour d\u2019eux. \u00bb<\/p>\n<p>La participation au programme Microbiome humain a chang\u00e9 la fa\u00e7on dont plusieurs chercheurs voient leur propre travail. Les discussions et les collaborations continues leur ont permis de mettre au jour des hypoth\u00e8ses et des partis pris cach\u00e9s. Giles-Vernick, qui \u00e9tudie les contacts humains avec les grands singes en Afrique \u00e9quatoriale, ainsi que les zoonoses \u00e9mergentes, dit que les interactions l\u2019ont \u00ab vraiment fait r\u00e9fl\u00e9chir et se demander ce qui est partag\u00e9 et non partag\u00e9 entre humains et grands singes? Comment se chevauche leur microbiote intestinal respectif? \u00bb<\/p>\n<p>Tous ces fils conducteurs, une fois r\u00e9unis, soul\u00e8vent de plus grandes questions sur la biologie et le comportement de l\u2019\u00eatre humain, ainsi que sur la soci\u00e9t\u00e9 humaine. Si nous avons \u00e9volu\u00e9 avec nos microbes \u2013 et s\u2019ils ont contribu\u00e9 \u00e0 orienter cette \u00e9volution \u2013 que nous arrive-t-il quand nous taillons et \u00e9laguons notre microbiome? Comment influen\u00e7ons-nous la sensibilit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures aux maladies infectieuses ou m\u00e9taboliques \u00e9mergentes? Pouvons-nous apprendre de notre pass\u00e9 afin de trouver la voie vers un avenir plus sain?<\/p>\n<p>\u00ab Depuis quelques ann\u00e9es, une masse croissante de donn\u00e9es indique que nous \u00e9liminons les microorganismes qui font partie de notre \u00e9volution normale \u00bb, dit Finlay. \u00ab Si nous pensons vraiment que le microbiome est important, alors nous devons conna\u00eetre son influence sur l\u2019\u00eatre humain \u00e0 une plus grande \u00e9chelle. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Illustrations de Jeannie Phan Le programme Microbiome humain de l\u2019ICRA vise \u00e0 \u00e9claircir comment la vie microbienne qui nous habite influence la sant\u00e9, le d\u00e9veloppement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":65,"featured_media":15411,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[1851,4172],"tags":[4506,2408,2470,1777,4639,829,2469],"class_list":["post-21594","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-revue-reach","category-revue-reach-2017","tag-b-brett-finlay-fr","tag-eran-elinav","tag-frederic-keck","tag-janet-rossant","tag-reach-fr","tag-sante","tag-tamara-giles-vernick"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.2 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>CIFAR<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/cifar.ca\/fr\/cifarnews\/2017\/06\/08\/nos-inseparables-microbes\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Nos ins\u00e9parables microbes - CIFAR\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Illustrations de Jeannie Phan Le programme Microbiome humain de l\u2019ICRA vise \u00e0 \u00e9claircir comment la vie microbienne qui nous habite influence la sant\u00e9, le d\u00e9veloppement [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/cifar.ca\/fr\/cifarnews\/2017\/06\/08\/nos-inseparables-microbes\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"CIFAR\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2017-06-08T15:49:00+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-12-18T12:01:48+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/cifar.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/reach2017_microbes_lead.png\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1280\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"770\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/png\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Alison Rutka\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Alison Rutka\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"13 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/cifar.ca\/fr\/cifarnews\/2017\/06\/08\/nos-inseparables-microbes\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/cifar.ca\/fr\/cifarnews\/2017\/06\/08\/nos-inseparables-microbes\/\"},\"author\":{\"name\":\"Alison Rutka\",\"@id\":\"https:\/\/cifar.ca\/fr\/#\/schema\/person\/be6ac84c25822d31a0039f3d6a9a7d1b\"},\"headline\":\"Nos ins\u00e9parables microbes\",\"datePublished\":\"2017-06-08T15:49:00+00:00\",\"dateModified\":\"2025-12-18T12:01:48+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/cifar.ca\/fr\/cifarnews\/2017\/06\/08\/nos-inseparables-microbes\/\"},\"wordCount\":3101,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/cifar.ca\/fr\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/cifar.ca\/fr\/cifarnews\/2017\/06\/08\/nos-inseparables-microbes\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/cifar.ca\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/reach2017_microbes_lead.png\",\"keywords\":[\"B. 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