Par: Abeer Khan
20 Jan, 2026
Depuis toujours, l’humanité affronte sans relâche des défis à l’échelle mondiale, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou d’instabilité sociale et politique. Or, une nouvelle menace est apparue ces dernières années. À travers le monde, les maladies fongiques sont en hausse, tandis que la résistance à toutes les classes d’antifongiques s’accroît.
En Inde, ce problème est particulièrement répandu : le pays affiche le taux le plus élevé au monde de maladies fongiques graves par habitant. Pour mieux étudier et contrer cette menace croissante pour la santé humaine, les membres du programme Règne fongique : Menaces et possibilités du CIFAR collaborent avec des médecins de renom en Inde qui se trouvent à l’avant-garde de la lutte contre les maladies fongiques.
Lors d’une récente réunion de programme à l’automne 2025, le groupe s’est entretenu avec le professeur Arunaloke Chakrabarti, ancien directeur du Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la mycologie médicale à Chandigarh, en Inde, et avec Anuradha Chowdhary, membre du programme, qui ont partagé leurs connaissances pour approfondir notre compréhension des menaces fongiques émergentes et trouver des solutions.
« La présence de deux sommités du domaine provenant d’une région qui est la plus touchée par les maladies fongiques, venues pour partager leurs connaissances sur ce problème existentiel et difficile à résoudre, constitue un atout concret pour notre programme », déclare David Denning, spécialiste-conseil du programme Règne fongique.
Près de 6,5 millions de personnes dans le monde sont touchées par les maladies fongiques, lesquelles entraînent plus de 3 millions de décès par an, ce qui en fait un problème qu’on ne peut ignorer, explique Chakrabarti. Il ajoute que si la hausse des maladies fongiques a été signalée à l’échelle mondiale, la situation est bien pire dans les pays en développement, en particulier dans les régions tropicales où les organismes fongiques prolifèrent facilement.
L’Inde affiche les taux les plus élevés de mucormycose, une infection à évolution rapide aussi appelée « champignon noir », ainsi que d’aspergillose allergique, une complication de l’asthme, et d’aspergillose pulmonaire chronique, une complication fréquente de la tuberculose. La propagation mondiale de la teigne, une infection fongique cutanée résistante causée par Trichophyton indotineae, a aussi commencé dans ce pays. L’Inde se classe parmi les cinq premiers pays au monde en ce qui concerne les infections du sang à Candida et la pneumonie à Pneumocystis.
« Malgré l’augmentation des maladies fongiques et la menace croissante qu’elles posent pour la santé humaine, les infections fongiques en Inde font l’objet de très peu d’attention et on y accorde peu de ressources », explique Chakrabarti.
Le pays connaît la plus forte incidence de maladies fongiques graves par habitant au monde. Selon une étude réalisée par Chakrabarti et Denning, plus de 57 millions de personnes (4,1 % de la population) sont touchées par des maladies fongiques graves. Ils estiment que l’Inde contribue à 30 % des cas de candidémie (une infection fongique du sang causée par Candida), à 12 % des cas d’aspergillose et à 92 % des cas de mucormycose dans le monde.
Chakrabarti affirme que leur étude a retenu l’attention de gestionnaires et de scientifiques du monde entier, en particulier en Inde, qui souhaitent s’attaquer à ce problème urgent. De plus, il souligne que des spécialistes en Inde jouent désormais un rôle de premier plan en matière de recherche et de lutte contre plusieurs maladies fongiques, en collaboration avec des scientifiques à travers le monde, pour mettre au point des lignes directrices universelles sur la prise en charge de ces infections.
Il ajoute que le programme Règne fongique du CIFAR offre une occasion exceptionnelle de réunir de jeunes scientifiques et des sommités de diverses disciplines et perspectives à l’échelle mondiale afin de collaborer à la résolution des défis croissants que posent les maladies fongiques et la résistance aux antifongiques. « Les réalisations scientifiques du groupe sont extraordinaires et ont clairement contribué à sensibiliser le monde entier aux menaces que représentent les organismes fongiques pour les personnes et la société. »
À l’occasion de la réunion de programme à l’automne 2025, Anuradha Chowdhary, membre du programme, a fait une présentation sur la résistance aux antifongiques chez Candida tropicalis. Chowdhary, mycologue médicale (médecin-scientifique travaillant dans le domaine des infections fongiques humaines), dirige le laboratoire national de référence pour la résistance aux antimicrobiens chez les agents pathogènes fongiques au Vallabhbhai Patel Chest Institute, à Delhi.
Dans sa présentation, elle a montré que ces souches résistantes sont étroitement apparentées à des souches provenant de Chine et posent un grand défi en matière de traitement, le taux de mortalité dépassant généralement 40 %. Elle a souligné la nécessité de mettre au point de nouveaux antifongiques contre de nombreux organismes résistants et estime que le modèle interdisciplinaire du CIFAR joue un rôle essentiel dans l’avancement de ces travaux.
« Le CIFAR est une communauté dynamique et ouverte d’esprit, explique Chowdhary. Les mycologues ici ne proviennent pas seulement d’un groupe en particulier travaillant à une question en particulier. Il y a des personnes qui travaillent sur de nombreux sujets différents. Par conséquent, lorsque nous tentons de résoudre un problème et que nous mobilisons des personnes issues de domaines différents, nous obtenons de meilleures réponses. »
Au fil de l’évolution du programme, Denning précise que les membres continueront à mettre l’accent sur la lutte contre les maladies fongiques et l’antibiorésistance, autant dans les écrits scientifiques que généraux, afin d’avoir un impact à long terme sur la santé humaine.
« J’espère que nous pourrons continuer à réunir des spécialistes afin de faire progresser la science de la découverte d’antifongiques et de soutenir l’évolution clinique des programmes. »