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Comment la COVID-19 a-t-elle altéré le bonheur dans le monde ?

Des titulaires de bourses du CIFAR et de chaires en IA Canada-CIFAR enquêtent sur le bonheur au moyen de méthodes interdisciplinaires.  

Cela fait un an que l’Organisation mondiale de la santé a déclaré l’état de pandémie. Le bonheur dans le monde a été mis à rude épreuve par la COVID-19 en raison de la maladie et des décès qu’elle a causés, mais aussi de l’instabilité économique, de l’incertitude et du stress qui en ont résulté. Les chercheurs du CIFAR ont toutefois constaté que, malgré les circonstances, les gens ont fait preuve de résilience face aux difficultés et ont également trouvé le moyen d’être heureux.

Qu’il s’agisse d’une enquête mondiale sur le bien-être à partir de réponses autodéclarées, de l’analyse des caractéristiques physiques du cerveau d’une personne solitaire à l’aide de l’IA ou du suivi des tendances en matière de santé mentale grâce à la surveillance des conversations sur les médias sociaux, les recherches s’appuient sur des méthodes innovantes pour étudier diverses mesures du bonheur à l’échelle mondiale.

 

Rapport mondial sur le bonheur 2021

John Helliwell, membre distingué du CIFAR, est l’un des éditeurs du Rapport mondial sur le bonheur (en anglais) qui, cette année, classe 149 pays selon le niveau de bonheur perçu par leurs citoyens en se fondant sur les données d’un sondage mondial mené par l’Institut Gallup. Le Rapport mondial sur le bonheur 2021, publié à l’occasion de la Journée internationale du bonheur le 20 mars, révèle que la COVID-19 a eu des répercussions sans précédent sur les émotions à l’échelle mondiale. Cependant, même si on note une augmentation des émotions négatives telles que l’inquiétude et la tristesse et une hausse de la fréquence du stress dans les différents pays, l’évaluation de la vie dans son ensemble montre que les populations ont fait preuve d’une étonnante résilience.

Malgré des tendances inquiétantes, les conclusions sont étonnamment optimistes. Dans le monde entier, des gens ont déclaré qu’ils trouvaient encore une raison de rire et de sourire au quotidien.

« Les gens n’ont pas visité le monde, mais beaucoup ont redécouvert leur quartier », dit John Helliwell.

En 2020, les personnes interrogées âgées de plus de 60 ans ont signalé qu’elles avaient eu beaucoup moins de problèmes de santé que les années précédentes, bien qu’elles appartiennent à la tranche d’âge la plus menacée par la COVID-19.

« C’est aussi dans ce groupe que les gens ont signalé une augmentation importante du nombre de personnes qui pouvaient les aider en cas de problème, ce qui laisse penser que, dans ce groupe, du moins, l’entourage et les visioconférences sur Zoom ont remplacé les rencontres en personne qui étaient interdites », ajoute-t-il.

Il indique également que la confiance envers les institutions a été un facteur clé du bonheur et qu’elle a joué un rôle important dans l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies pour atténuer les répercussions de la COVID-19. Des pays comme la Chine et la Nouvelle-Zélande ont été jugés les plus résilients dans la lutte contre la COVID-19 en raison d’une confiance sociale et institutionnelle élevée.


John Helliwell est l’ancien codirecteur du programme Interactions sociales, identité et mieux-être du CIFAR (2005-2017). Ce programme a inspiré une nouvelle façon de mesurer le bonheur dans le monde, qui a abouti à la publication du premier Rapport mondial sur le bonheur en 2012 par le Réseau de solutions pour le développement durable des Nations Unies. Lire le Rapport mondial sur le bonheur 2021

 

COVID-19 et « cerveau solitaire »

Pourquoi, pendant la pandémie, certaines personnes en confinement se sentent-elles plus seules que d’autres ? La réponse pourrait résider dans la façon dont chaque cerveau est structuré, selon une recherche menée par Danilo Bzdok. Ce titulaire d’une chaire en IA Canada-CIFAR utilise l’intelligence artificielle pour comparer le cerveau des adultes qui déclarent se sentir seuls à celui de leurs pairs qui ne ressentent pas la solitude.

Fondées sur des analyses d’imagerie par résonance magnétique, des données génétiques et des évaluations psychologiques recueillies auprès de 40 000 participants de la biobanque britannique, les recherches de Danilo Bzdok révèlent que les personnes sujettes à la solitude peuvent avoir des caractéristiques particulières ou une signature neuronale qui apparaît dans les données d’imagerie et biomédicales. Selon lui, cette signature cérébrale du « cerveau solitaire » pourrait refléter des stratégies de compensation de besoins d’interactions sociales non satisfaits alors que les personnes sont portées à se remémorer mentalement des interactions sociales passées, hypothétiques ou anticipées.

« Même avant la crise de santé publique actuelle, le sentiment d’isolement social était omniprésent dans de nombreuses régions du monde, indique Danilo Bzdok. Aujourd’hui, nos sociétés subissent probablement le plus grand isolement social de l’histoire récente. Notre enquête au sein de la population a montré qu’une signature uniforme de l’isolement social perçu peut être repérée dans les structures anatomiques et fonctionnelles du cerveau. Cette constatation est particulièrement importante, car le manque de contacts sociaux est étroitement lié à la vulnérabilité à la maladie d’Alzheimer et à d’autres maladies neurodégénératives. »  

L’étude, publiée dans Nature Communications en décembre 2020, révèle une série d’associations qui montrent comment les interactions sociales sont liées à notre bonheur, à notre bien-être, voire à notre survie. Les personnes au cerveau solitaire, qui représentent de 10 à 20 % de la population, sont davantage menacées par des problèmes de santé tels que la morbidité, l’hypertension, l’affaiblissement du système immunitaire, un risque accru de suicide ainsi que des troubles mentaux et cognitifs, notamment la démence. 

Le point positif, c’est que les interactions sous forme de face-à-face et de visioconférences sur Zoom sont efficaces pour lutter contre la solitude.


Danilo Bzdok est titulaire d’une chaire en IA Canada-CIFAR et membre associé du corps professoral de Mila ainsi que professeur agrégé au département de génie biomédical de l’Université McGill. Lire l’article dans Nature Communications

 

À la poursuite du bonheur sur Twitter

Twitter rapporte que #COVID19 a été le mot-clic le plus utilisé en 2020. Dans le monde entier, les adeptes des médias sociaux ont fait face à la pandémie en partageant en ligne leur état émotionnel, qu’il s’agisse de leurs inquiétudes concernant l’école à la maison ou le chômage, de leur solitude ou de leur frustration quant à la difficulté d’accéder à certains services. Cependant, de nombreux sentiments positifs ont été associés aux effets de la pandémie, comme le fait de pouvoir passer plus de temps en famille, de sortir et de profiter de ses loisirs. 

Grâce à une subvention Catalyseur IA-COVID-19 du CIFAR, une équipe dirigée par Alona Fyshe, titulaire d’une chaire en IA Canada-CIFAR et boursière du programme Apprentissage automatique, apprentissage biologique du CIFAR, utilise le traitement du langage naturel pour analyser cette riche source de données autodéclarées sur le bien-être produites pendant la pandémie. Elle espère aider la communauté de recherche en santé mentale à mieux comprendre les problèmes qui affectent les personnes pendant une crise à l’échelle de la population comme celle de la COVID-19. 

Alona Fyshe et ses collaborateurs, Dan Lizotte (Université Western) et Rumi Chunara (Université de New York), travaillent en partenariat avec diverses organisations, dont les services de santé publique locaux et l’Association canadienne pour la santé mentale, afin de s’assurer que les résultats ont des répercussions maximales. 

Bien que la COVID-19 ait sans aucun doute des effets importants sur notre santé mentale, les gens s’adaptent et trouvent des moyens d’être heureux. 

« Les gens réussissent encore à socialiser, à former des communautés, et la grande majorité des sujets qui se dégagent de nos modèles ont trait aux gens qui vaquent à leurs occupations quotidiennes », explique Brent Davis, un doctorant de l’Université Western qui travaille sur le projet. 


Alona Fyshe est titulaire d’une chaire en IA Canada-CIFAR à l’Amii et professeure adjointe nommée conjointement aux départements d’informatique et de psychologie de l’Université de l’Alberta. Elle est boursière du programme Apprentissage automatique, apprentissage biologique du CIFAR.  En savoir plus sur son travail à l’Amii

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