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Pourquoi l’avenir de l’être humain est la question la plus importante de notre époque

L’Appel à idées mondial du CIFAR sollicite maintenant des propositions liées à « L’avenir de l’être humain » qui explorent le croisement à long terme entre l’être humain, la science et la technologie, les systèmes sociaux et culturels, et notre environnement.

Nous nous sommes entretenus avec Mark Daley, vice-président à la recherche du CIFAR, pour savoir en quoi cet Appel mondial est différent et pourquoi l’avenir de l’être humain est la question la plus importante de notre époque.

 

Pourquoi cette question (l’avenir de l’être humain) est-elle si importante aujourd’hui?

Voilà l’une des questions les plus importantes que tous se posent aujourd’hui. Avant même la pandémie, nous vivions dans une société de plus en plus fragmentée, avec la montée de l’autoritarisme, le déclin du multilatéralisme, le repli sur soi et la réticence générale à coopérer. Et ce, après quelques décennies de progrès en matière de multilatéralisme et de coopération.

En parallèle, nous avons développé de nouvelles sciences et technologies qui modifient notre société plus rapidement que l’évolution ne peut s’y adapter, par exemple : les réseaux sociaux. Contrairement aux attentes de nombreux informaticiens, comme moi, nous avons constaté que ces outils, plutôt que de rapprocher le monde, sont la source d’une dissonance, d’une fragmentation et d’une disparité croissantes. Ces technologies ont créé des fossés entre les groupes et nous ont forcés à nous retrancher dans des cercles sociaux plus restreints. Si nous avions sollicité l’avis des sociologues, ils auraient pu nous prévenir! Voilà donc un exemple clair du caractère essentiel d’une diversité de disciplines et d’expertises pour véritablement comprendre les répercussions des nouvelles technologies.

Cela va droit au cœur de ce que nous sommes au CIFAR, en tant qu’organisation. Nous mettons l’accent sur le long terme, sur la recherche qui transcende les frontières disciplinaires et sur les questions complexes et audacieuses. Une discipline seule ne peut prétendre à la compréhension de ce que cela signifie d’être humain. Le CIFAR a toujours cherché à poser des questions complexes et interdisciplinaires, et voilà précisément ce qui lui a valu sa réputation internationale. Nous sommes donc idéalement placés pour accueillir ce type de discussion.

Nous vivons un moment charnière pour la science. Pourquoi le CIFAR est-il si bien placé pour répondre à cette question, à ce moment précis?

La plupart des bailleurs de fonds de la recherche œuvrent à l’appui de projets et de programmes définis, aux résultats bien définis. Il s’agit d’une façon très sûre de subventionner la recherche, car vous savez que vous obtiendrez probablement des résultats qui sont manifestement clairs et utiles. L’approche du CIFAR est différente, et l’est depuis toujours. Nous demandons à nos membres de se pencher sur des questions à très long terme, en collaboration avec d’autres disciplines avec lesquelles ils n’ont pas l’habitude d’interagir. Nous réunissons des groupes disparates et nous favorisons leur évolution dans un environnement où ils peuvent apprendre le langage de l’autre, dans un espace sûr où chacun est là pour apprendre de l’autre.

Nous n’avons pas d’exigences strictes en matière de résultats et d’échéances, du genre « Vous devez avoir un robot fonctionnel six mois après le début du programme ». Au contraire, nous voulons que nos membres posent de grandes questions, discutent, débattent et voient quelles questions et idées plus importantes émergent.

En quoi ce troisième Appel mondial est–il différent?

Les deux Appels mondiaux précédents du CIFAR étaient complètement ouverts et comportaient peu de contraintes. Ce qui est différent cette fois-ci, c’est que nous avons un thème, choisi après des mois de consultation. Nous avons réalisé des exercices de prospective stratégique avec des maîtres à penser par l’intermédiaire de notre conseil sur les perspectives d’avenir. Le conseil de recherches du président a participé activement à la formulation du thème final qui est délibérément large, mais aussi directif, et il apporte un éclairage anthropocentrique à la recherche.

De plus, le CIFAR dispose désormais d’une solide politique en matière d’équité, de diversité et d’inclusion. Ce plan n’est pas seulement une aspiration, il est aussi une procédure. Toutes les décisions que nous avons prises, toutes les étapes de notre processus, ont été examinées sous l’angle de l’EDI, et nous demandons aux candidats de montrer comment ils vont respecter les engagements envers l’EDI dans le cadre des programmes proposés.

Grâce à cet appel, nous cherchons aussi à élargir notre diversité disciplinaire. Nous pouvons encore accroître la représentation des sciences humaines et sociales dans nos programmes. Un philosophe britannique, William Whewell, a inventé le terme « consilience », un type particulier de convergence qui surgit lorsque les sciences naturelles et les sciences humaines apportent chacune leur ensemble d’outils et de cadres intellectuels à une question et obtiennent la même réponse. Il s’agit du moyen le plus puissant d’explorer la condition humaine et les limites de la connaissance humaine. Nous espérons donc voir émerger ce type de réflexion dans le cadre de l’Appel mondial.

Cet Appel mondial est lancé alors que la pandémie se résorbe dans certaines régions du monde, tandis que dans d’autres, ce n’est pas le cas. Quelles sont les conséquences de cette situation?

Les régions du monde qui sortent de la pandémie cette année sont pour la plupart des nations riches et industrialisées qui ne représentent qu’une fraction de la population mondiale. Nous savons que la majeure partie du monde n’est pas près de sortir de la pandémie. Ce constat est en soi un exemple puissant de la disparité de notre société mondiale. Cela nous rappelle avec force que s’interroger sur l’avenir de l’être humain implique nécessairement des questions sur la gouvernance, sur les droits de la personne et sur les engagements que nous avons les uns envers les autres en tant que compagnons de route sur cette planète.

Si vous demandez à Mark Zuckerberg : « Quel est l’avenir de l’être humain? », vous obtiendrez une réponse très différente de celle d’une personne qui a vécu le plus clair de sa vie dans un rayon de 20 kilomètres d’une petite communauté du bassin amazonien. Et cette deuxième perspective est probablement plus intéressante et plus inusitée dans les universités et les médias occidentaux. Nous avons besoin d’une plus grande diversité de pensées et d’expériences. Nous sommes donc très enthousiastes quant à l’éventail de points de vue et de contributions qui découleront de cet Appel mondial véritablement multidisciplinaire et multidimensionnel.

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