Par: Abeer Khan
18 Nov, 2025
Renée Hložek étudie l’Univers – de ses tout premiers instants jusqu’à son avenir lointain – au moyen de méthodes statistiques et d’observations précises en vue de répondre à des questions d’ordre cosmique.
Récemment, Renée Hložek a reçu une bourse Arthur-B.-McDonald du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), qui récompense les chercheuses et chercheurs universitaires en début de carrière en sciences naturelles et en génie, et les aide à renforcer leurs capacités de recherche pour devenir des chefs de file dans leur domaine, ainsi qu’une source d’inspiration pour d’autres personnes.
Membre de la cohorte 2019-2021 du programme des chercheurs mondiaux CIFAR-Azrieli, Hložek s’est jointe au programme de recherche Extrême Univers et gravité du CIFAR, où elle a obtenu des fonds pour mener des recherches interdisciplinaires audacieuses à fort impact et tissé des liens avec un réseau de scientifiques dans son domaine. Aujourd’hui, elle estime que cette expérience l’a aidée à réaliser de nouvelles avancées dans ses recherches.
Actuellement professeure agrégée d’astronomie et d’astrophysique à l’Université de Toronto, elle effectue des mesures de la lumière visible et du rayonnement hyperfréquence à l’aide de télescopes en haute altitude dans les déserts du nord du Chili, dans le cadre de collaborations avec l’Observatoire Vera C. Rubin et l’Observatoire Simons. Grâce à ces mesures, elle souhaite mieux comprendre les éléments fondamentaux de la nature. Hložek comble également le fossé entre l’astronomie et la neuroscience, recourant à des méthodes d’analyse d’images issues de la cosmologie pour étudier l’activité des cellules cérébrales et les signes précoces de la neurodégénérescence.
Nous nous sommes entretenus avec elle de sa nouvelle bourse, de la façon dont le programme des chercheurs mondiaux a accéléré sa carrière et des questions ambitieuses qu’elle explore pour comprendre les plus profonds mystères de l’Univers.
Q : Quels sont les plus grands mystères cosmiques que vos recherches tentent de résoudre?
R : Mes recherches portent sur la composition et l’évolution de l’Univers. Comme la matière sombre et l’énergie sombre composent une si grande proportion du cosmos, nous tentons d’en comprendre les éléments constitutifs.
La matière sombre n’interagit pas fortement avec la lumière. (Il vaut mieux penser à une « matière invisible » plutôt qu’à une matière sombre.) Il est préférable de voir l’énergie sombre comme une force en opposition à la gravité, qui favorise l’expansion de l’Univers à un rythme croissant.
Q : Comment votre participation au programme des chercheurs mondiaux CIFAR-Azrieli a-t-elle influencé votre parcours de recherche?
R : Je suis devenue membre du programme des chercheurs mondiaux en 2019 et cette expérience a vraiment façonné tout mon parcours de recherche. Cet investissement précoce dans mes recherches et dans la communauté de personnes créatives que j’ai rencontrées au sein du programme des chercheurs mondiaux CIFAR-Azrieli a été transformateur. Le soutien concret du CIFAR et les occasions d’apprentissage offertes par le programme m’ont permis de devenir une meilleure scientifique, une meilleure chercheuse et une meilleure dirigeante de mon groupe de recherche.
Q : Quel a été le moment fort de votre expérience en tant que membre du programme des chercheurs mondiaux au sein du programme Extrême Univers et gravité? Y a-t-il un moment qui se démarque?
A : Grâce au CIFAR, j’ai rencontré Flavie Lavoie-Cardinal, une collègue qui travaille en neuroscience – un domaine complètement différent du mien – et nous nous sommes lancées dans des recherches interdisciplinaires qui ont vu le jour grâce à des fonds Catalyseur du CIFAR et qui ont débouché sur un tout nouvel axe de recherche aux résultats déjà prometteurs. Nous mettons à profit les outils et méthodes de l’astronomie, y compris l’analyse d’images et la détection d’anomalies, pour étudier la neurodégénérescence cérébrale. Il s’avère que dans les deux domaines, nous utilisons des observations du ciel ou du cerveau et nous cherchons des signaux faibles sur un fond fluctuant. Travailler par-delà les frontières et chercher des méthodes et des outils communs s’est révélé extrêmement enrichissant. Nous avons élargi la collaboration et travaillons maintenant avec Christian Gagné et Audrey Durand, titulaires de chaire en IA Canada-CIFAR à Mila, et nos collègues astronomes Daryl Haggard, Jess McIver et Ashish Mahabal, pour réfléchir notamment à l’interprétabilité de l’apprentissage automatique, à l’entraînement croisé de l’IA et à des méthodes d’apprentissage automatique.
Q : Pourquoi est-il si important d’investir dans les scientifiques en début de carrière et comment ce financement précoce a-t-il influencé votre propre travail?
R : En début de carrière, vous trouvez vos marques et tentez de mettre sur pied un programme de recherche durable. Comme les universités et les départements sont souvent des lieux d’activité intense, vous ne recevez pas beaucoup d’encadrement ni de conseils. Des investissements d’ordre financier, mais aussi en matière de mentorat offert par le programme des chercheurs mondiaux CIFAR-Azrieli changent vraiment la donne.
Q : En tant que titulaire de la bourse Arthur-B.-McDonald, quelles sont les recherches que vous allez privilégier et qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus dans ce nouveau chapitre de votre carrière?
R : Je reçois cette bourse au moment même où mes deux observatoires de rêve, l’Observatoire Vera C. Rubin et l’Observatoire Simons, sont mis en service, et je serai donc occupé à analyser les données extraordinaires issues de ces deux télescopes. En outre, au cours de mon mandat, je vais planifier et monter des projets interdisciplinaires en astronomie et en neuroscience. Je souhaite également réfléchir à la façon dont je peux aider les organisations de diffusion à bénéficier du même mentorat et du même soutien dont j’ai pu tirer profit au fil des ans. J’ai hâte de me lancer dans ce travail!